“Roman d'un berger” de Ernst Wiechert (Typhon, 2022)

Les mots nous manquent pour assembler l'ensemble, pourtant si fort, de sensations et de points que l'on pourrait mettre en exergue au sujet du "Roman d'un berger", la dernière parution en date aux éditions du Typhon. Il y est question de la vie d'un jeune berger, ponctuée d'éléments tragiques certes, d'affrontements également, mais toujours nimbée – auréolée devrions-nous dire à ce stade – d'une douce clarté, lumière diffuse sur l'altérité.

La force de ce texte c'est bien entendu sa langue, d'une grande beauté et douceur, attentive aux moindres détails, palpitations, souffles et tressaillements, signes de vie du vivant qui entoure les protagonistes, superbement traduite par Sylvaine Duclos, mais également et surtout son personnage principal, Michaël, dans toute son humilité, ingénuité qui vit chaque instant avec une certaine forme de pureté.

Roman pastoral, récit de vie d'un village encore épargné par la technique civilisatrice, contemplation de la nature dans tout ce qu'elle peut avoir de mystérieux, obscure, indéchiffrable, indénombrable, loin d'une ode qui consisterait à romantiser facilement des environnements naturels. Le temps se suspend au cours de la lecture et toujours l'attention est aiguisée.

Les mots nous manquent et pourtant des phrases toutes faites se bousculent dans notre tête. Comme un rappel à l'écriture de nos sensations et avis à chaud, quand le poil est encore hérissé, les pupilles encore dilatées, les narines encore palpitantes. "Le roman d'un berger" est un livre fascinant, et on ne va pas vous lâcher à son sujet.

"Son âme est pleine d'histoires. C'est la forêt qui les fait éclore, la solitude et le silence. Il n'a pas besoin d'apprendre des odes latines. Des semaines passent où la pluie tombe en bruissant sur les forêts et pendant lesquelles, étendu sous un pin dont les longues branches retombantes l'abritent, enveloppé dans son manteau de berger, il écoute les voix qui viennent des profondeurs."

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