“Le Vol de Boštjan” de Florjan Lipuš (do, 2021)
Jamais quinze premières pages n'auront autant pétri notre petit cœur comme celles du Vol de Boštjan, traduit pour cette rentrée littéraire par les éditions do, 18 ans après sa sortie. Si l'on pourrait résumer le livre comme une histoire d'amour en temps de guerre, il est plutôt question d'un portrait, celui de Boštjan : jeune garçon dont la mère a été enlevée à son foyer durant la seconde guerre mondiale, au père strict, parangon d'une communauté (qui n'oublie cependant pas d'être hypocrite) dont le quotidien est façonné par le travail rural, la peur d'un Dieu tout puissant et omniscient, et les célébrations que ce même Dieu leur dépose sur leur chemin de vie misérable.
La plume de Florjan Lipuš, magnifiquement traduite par Andrée Lück Gaye et Marjeta Novak Kajzer, est légère, empreinte d'une extrême sensibilité, comme une brise qui souffle entre des mots choisis, soupesés, triés, puis semés sur des phrases-sentiers qui, comme les voyettes du récit, virent de droite et de gauche, déroulant un souffle poétique qui pénètre nos artères, nos poumons et nous chamboule pour toujours, même dans la pire des tempêtes, au cours de la pire des séparations.
Un livre qui bouscule, berce, étonne, mais avant tout nous submerge littéralement sous la puissance évocatrice de ses mots. Il faut lire “Le vol de Boštjan”.